Une prise qui pend au bout de ses fils, un boîtier qui dépasse du mur, et cette éternelle multiprise qui finit par prendre feu dans un nuage de plastique fondu… On a tous vu ça. Et pourtant, la solution est simple : installer une prise encastrée soi-même, proprement, dans les règles. Pas besoin d'être électricien pour ça, il suffit de comprendre trois choses : comment percer le mur, comment brancher les trois fils, et comment ne pas se tuer.
Franchement, c'est un chantier qui m'a pris deux bonnes heures la première fois, avec une scie cloche qui fumait et un niveau que je n'ai pas utilisé. Résultat : une prise parfaitement alignée, des fils qui rentrent comme dans du beurre, et zéro prise de tête depuis. Je vais vous montrer exactement comment j'ai fait, y compris les erreurs qui m'ont fait perdre du temps.
Points clés à retenir avant de commencer
- La norme NF C 15-100 limite à 8 prises maximum par circuit protégé par un disjoncteur 16 A, et 12 pour un 20 A : comptez vos prises avant d'en ajouter une.
- Une section de fil minimale de 1,5 mm² est obligatoire pour le circuit des prises, même si vous ne remplacez qu'une seule prise.
- La terre doit être présente sur le circuit : si votre installation n'a que deux fils, la prise encastrée que vous ajoutez doit être une prise de classe II, sans borne de terre.
- Le serrage des vis de connexion est le point le plus souvent négligé et la cause n°1 des échauffements : il faut un serrage franc, pas un couple de boulanger.
- Le testeur de tension n'est pas un luxe : c'est l'outil qui vous évite de découvrir par surprise que le fil que vous pensiez neutre est en fait sous tension.
Pourquoi percer dans le mur plutôt que de tirer une rallonge ?
J'ai longtemps vécu avec un câble qui traversait la pièce, maintenu par du scotch d'électricien qui jaunissait. Un jour, le chien a pris le câble dans sa course. La multiprise a volé, la vaisselle a suivi, et j'ai compris que j'étais dans la mauvaise direction depuis le début.
Une prise encastrée, c'est une prise qui s'intègre dans le mur, comme toutes celles que vous avez déjà chez vous. Le boîtier est noyé dans la maçonnerie, la prise affleure la surface, et le câble disparaît proprement dans la cloison. L'avantage, ce n'est pas que l'esthétique : c'est la sécurité. Une prise qui pend au bout de ses fils est une prise qui peut s'arracher, un câble qui peut se dénuder, un accident qui peut arriver.
Bref, si vous avez un mur en brique, en placo ou en béton, creuser un logement pour y placer un boîtier encastrable est à la portée d'un bricoleur du dimanche. Il y a deux méthodes : soit vous partez d'une prise existante pour dériver un nouveau circuit, soit vous repartez du tableau électrique pour créer une ligne dédiée. La première est infiniment plus simple, la seconde est plus sûre si votre circuit existant est déjà saturé.
La méthode qu'on me pose en question : ajouter une prise à partir d'une autre prise
C'est LA question que je reçois le plus souvent. Et la réponse est oui, c'est possible, avec une restriction de taille : vous devez rester dans la limite des 8 prises par circuit de 16 A, ou 12 prises si votre disjoncteur est de 20 A. Si vous êtes déjà à la limite, le dérivage est interdit, et je vous renvoie vers le tableau.
Comment je procède ? Je coupe d'abord le disjoncteur du circuit concerné, pas le général, mais je vérifie quand même l'absence de tension au testeur sur la prise existante. Ensuite, je tire un nouveau câble de 1,5 mm² entre la prise existante et l'emplacement de la nouvelle. Le plus dur, c'est de faire passer ce câble dans les fourreaux ou dans la cloison : j'utilise une gaine grise et un tire-fil en acier que je passe en force, avec un peu de patience.
Les fils se raccordent en parallèle sur les bornes de la prise existante : la phase sur L, le neutre sur N, la terre sur la borne verte et jaune. Attention, ce dérivage se fait sur les bornes de la prise, pas sur les fils existants : vous ne coupez jamais un câble pour le raccorder en série, c'est interdit et dangereux.
L'outillage pour un encastrement réussi : ce qui vaut vraiment le coup
J'ai appris à mes dépens qu'il ne faut pas économiser sur le matériel de perçage. La première fois, j'ai utilisé un foret à béton standard pour faire le trou de boîtier. Ça a marché, mais j'y ai passé quarante minutes, avec des vibrations qui ont fissuré l'enduit. La mort, je vous jure.
Voici ce qu'il vous faut :
- Une scie cloche de 68 mm pour le placo et le plâtre : c'est l'outil indispensable, le trou est net en trente secondes. Pour le béton, il faut un carottier, un outil plus long, que je loue plutôt que d'acheter car je l'utilise une fois par an.
- Un niveau à bulle : la prise doit être droite, et croyez-moi, un écart de deux degrés se voit très bien une fois le cache posé. Je le pose sur le boîtier avant de visser.
- Un testeur de tension sans contact : il coûte vingt euros et il vous sauve la vie. Avant chaque manipulation, je passe la pointe près des fils, et si le testeur bipe, je recule.
- Des dominos ou des connecteurs automatiques : pour les dérivations, je préfère les connecteurs à levier type Wago, ils sont plus fiables que les dominos vissant qui se desserrent avec le temps. C'est mon avis, et j'y tiens.
- Une pince à dénuder : jamais de cutter pour dénuder, vous entamez le cuivre et vous créez un point de rupture.
Et le budget ? Comptez une quinzaine d'euros pour la prise, le boîtier et les connecteurs, une vingtaine pour le testeur et la scie cloche si vous ne les avez pas déjà. Le carottier se loue pour dix euros. Pour un dimanche, c'est raisonnable, non ?
Le câblage sans se tromper : phase, neutre, terre, et le piège des deux fils
Voilà, vous avez percé, le boîtier est en place, fixé au plâtre ou au mortier. Le moment du câblage arrive. Et c'est là que je vois beaucoup de bricoleurs se tromper.
Le principe est simple : la phase sur la borne marquée L, le neutre sur la borne N, la terre sur la borne avec le symbole ⏚, toujours en bas sur la prise. Les codes couleurs ? La phase est rouge aujourd'hui, mais dans les vieilles installations, vous trouverez du vert, du noir, ou pire, du tout. Le neutre est bleu, la terre est verte et jaune, point barre.
Mais voilà le piège qui a failli me piéger moi-même : si votre circuit n'a que deux fils, c'est qu'il n'y a pas de terre. Dans ce cas, vous n'avez pas le droit d'installer une prise classique avec une borne de terre non raccordée. La solution ? Une prise de classe II, qui n'a pas de borne de terre et qui est doublement isolée. Elle se branche sur deux fils, simplement. J'ai fait cette erreur dans mon premier appartement et j'ai eu de la chance que rien n'ait disjoncté : la borne de terre non raccordée est un défaut grave.
L'ordre de branchement, pour être propre : d'abord la terre, si elle existe, puis le neutre, puis la phase. Et le serrage, je le répète : un tour de tournevis franc, pas un serrage de fillette. Un fil qui se desserre chauffe, et un fil qui chauffe, ça fond. C'est le geste qui sauve.
Comment installer une prise murale non encastrable : l'alternative que personne ne vous dit
Il faut bien distinguer l'encastré du rapporté. Si vous ne pouvez pas creuser votre mur — un mur porteur en béton armé, par exemple, ou une location où vous ne pouvez pas faire de tranchées — il existe une alternative : la prise en saillie, ou prise d'application.
Je l'ai installée dans mon garage, et c'est un choix assumé. Le boîtier se visse directement sur la paroi, les fils arrivent dans une goulotte, et tout reste visible. C'est moins esthétique, mais c'est tout aussi normé, à condition d'utiliser une goulotte adaptée. Le gros avantage : vous ne touchez pas au mur. Le gros inconvénient : ça accroche le regard, et le nettoyage de la poussière derrière le boîtier devient un sport olympique.
Si votre mur est en placo, l'encastré reste mon choix préféré : le trou à la scie cloche est propre, le boîtier se fixe avec des griffes, et en vingt minutes, c'est fini. Mais si le mur est en brique pleine, le perçage devient plus long, et je comprends qu'on préfère la saillie.
Le test final qui évite de tout démonter
Une fois la prise vissée dans le boîtier, le cache posé, vous êtes tenté de remettre le disjoncteur et de tester avec une lampe. Stop. Il y a un test plus intelligent.
Je branche une lampe témoin, une simple lampe à incandescence avec une douille, et je remets le disjoncteur. Si la lampe s'allume, la phase et le neutre sont correctement connectés. Ensuite, je teste avec mon testeur de tension sans contact le long du câble visible : aucune tension ne doit être détectée sur la gaine extérieure.
Et si la lampe ne s'allume pas ? Ne paniquez pas. Vérifiez d'abord que la prise existante alimente bien le circuit, puis vérifiez vos connexions. Neuf fois sur dix, la phase et le neutre sont inversés, ou une vis est lâche. Je le sais, c'est arrivé à ma deuxième installation, et j'ai passé vingt minutes à chercher un problème qui n'était qu'un serrage de travers.
Une question que je me pose toujours : la terre est-elle vraiment obligatoire pour une prise encastrée ?
Oui. Et c'est même la raison qui justifie votre démarche. Une prise encastrée moderne, dans la norme NF C 15-100, doit être raccordée à la terre. Si votre circuit n'a pas de terre, une prise de classe II est l'alternative, mais elle doit être explicitement de classe II, avec le symbole du double carré dessus.
J'ai déjà vu des installations où la borne de terre était simplement laissée vide, sans connexion. C'est un danger : en cas de défaut sur un appareil, la carcasse métallique reste sous tension, et la prise est traversée par le courant. Vous ne le sentez pas au moment du branchement, mais vous le sentez au moment de toucher le lave-linge. Croyez-moi, j'ai eu ce genre de frayeur adolescent, et je n'en tire aucune fierté.
L'erreur que je commets encore, et que vous éviterez : forcer le boîtier dans le placo
J'ai un aveu à faire : la dernière fois que j'ai installé une prise dans une cloison en plaques de plâtre, j'ai utilisé un boîtier à griffes, et j'ai forcé le serrage. Résultat : les griffes ont vrillé le plâtre de l'autre côté, et j'ai eu un beau trou sur la face opposée du mur. Ma femme n'a pas ri.
La leçon ? Dans le placo, la fixation se fait avec des griffes, mais avec modération. Le boîtier se visse, les griffes se déplient, et on s'arrête dès qu'on sent une résistance franche. L'autre option est le boîtier à visser avec des pattes, mais il faut un trou d'un diamètre précis, souvent 68 mm, et un peu plus de patience.
Et pour le béton, j'ai une astuce que je tiens d'un ami maçon : après le perçage, humidifiez légèrement l'intérieur du trou avant de couler le plâtre ou le mortier pour fixer le boîtier. Le mélange adhère mieux, et il ne se fissure pas en séchant. C'est un détail qui change tout.
La sécurité avant tout : le tableau électrique, votre meilleur ami
On termine avec la partie que personne n'aime, mais qui sauve des vies. Avant de toucher à quoi que ce soit, coupez le disjoncteur du circuit concerné, pas le général. Et puis, vérifiez au testeur. Et puis, vérifiez une nouvelle fois. J'ai un ami, électricien de métier, qui m'a raconté que dix pour cent de ses interventions commencent par une découverte de fils sous tension alors que le disjoncteur était coupé. C'est pour cela que le testeur n'est pas négociable.
Une dernière chose : ne vous précipitez pas sur l'installation si votre tableau n'a pas de disjoncteur différentiel. C'est un prérequis de base, et si vous en êtes là, il faut que tout le tableau soit revu, pas seulement votre ajout. Ce n'est pas mon chantier préféré, mais c'est la fondation de tout le reste.
Alors, prêt à faire le trou ? Le café est prêt, la scie cloche est affûtée, et le dimanche s'annonce productif. Bonne installation, et surtout, prenez votre temps : personne n'a jamais regretté d'avoir vérifié une deuxième fois.